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une nouvelle à lire ici. A short story here envoyé par Michèle Bertrand le 22/01/2021 @ 12:32
I wrote a short story. You can read it here (following)in French, English, Spanish


1
Le mystère de Romégeas
2
Sophie s’éveilla vers six heures. Il faisait beau, l’air était vif. Les premières lueurs
du jour commençaient à éclairer le village perché sur le versant opposé de la montagne.
Le gros du village était sur l'adret, mais il y avait quelques maisons sur l'ubac, là où
résidait Sophie. Elle décida de prendre un rapide petit-déjeuner, et de réaliser ce jour-là
le projet qu’elle avait en tête depuis son arrivée.
Sophie aimait la randonnée. Elle passait ses vacances comme chaque été dans la
maison familiale en Drôme provençale. Munie d'une carte sur laquelle on pouvait repérer
plusieurs chemins de terre, et même, en pointillé, des sentiers étroits, elle voulait monter
au col, passer dans l'autre vallée et longer la crête jusqu'à un deuxième col, pour revenir
au village en contournant la montagne. Environ cinq ou six heures de marche, mais elle
était entraînée…
Elle prépara son sac à dos, et partit d’un pas régulier, accompagnée de son chien,
un labrador qui trouverait sûrement en chemin quelques ruisseaux pour se rafraîchir.
Le versant de l'ubac, où elle se trouvait, baignait encore dans l’ombre. Mais comme
elle allait vers l’est, elle ne tarderait pas à voir le soleil émerger des cimes. Après une
vingtaine de minutes, elle quitta la route pour prendre un chemin de terre bien entretenu,
qui montait vers une bergerie. Un quart d'heure plus tard, le labrador s’ébattait dans un
ruisseau, et se couchait avec délices dans un creux de rocher qui formait une vasque
naturelle. En contrebas, on apercevait un cabanon à demi caché par un tilleul centenaire.
On y avait autrefois élevé des lapins. Depuis plusieurs années, il ne servait plus qu’à
entreposer des outils pour la lavande. Plus loin, Sophie traversa un autre ruisseau, puis
après une portion de chemin très raide, aperçut d’abord les ruines de l’ancien ermitage,
envahi par des ronces et de la broussaille, puis la bergerie de Guérindon. Tout le troupeau
se mit à bêler à qui mieux mieux quand elle longea la bâtisse. Puis les choses sérieuses
commencèrent. Elle quittait, non seulement la commune, mais aussi les limites du
territoire habité.
Le chemin devenait moins bon, il était constitué de terre meuble et de cailloux qui
déboulaient sous les pieds. Les chardons acaules se tenaient en embuscade au milieu du
chemin, prêts à piquer les chevilles du marcheur insouciant. Dans certains creux humides
subsistait parfois une flaque récente – il y avait eu un gros orage la veille en fin d’aprèsmidi.
La pente devenait plus raide, la chaleur faisait ressortir les odeurs des plantes
aromatiques mouillées de rosée : thym, lavande, sauge, marjolaine. Puis la végétation
devint plus rare : on rencontrait des chênes rabougris, des genévriers. Les insectes
commençaient à bourdonner. Le chien furetait, humant ici ou là un brin d’herbe, grimpant
3
sur le talus pour suivre la piste d’un animal. Le col n’était toujours pas en vue. À chaque
tournant, elle croyait l’atteindre, mais le chemin continuait, montait encore vers un autre
tournant. Soudain, le labrador s’immobilisa, le nez levé, humant l’air avec intensité, puis
partit comme une flèche et disparut derrière des buissons. Sophie le rappela, à plusieurs
reprises, sans le moindre succès.
« Il a dû trouver à manger », pensa Sophie, se souvenant de plusieurs prises de
chasse malodorantes, des carcasses d’animaux morts. Elle se résigna alors à partir à la
recherche de son chien, et se dirigea vers les buissons. Ce n’étaient pas seulement des
buissons, d'ailleurs ; il y avait aussi des arbres qui poussaient au milieu de pans de murs
en ruine ; et si l'on s’y enfonçait, on s’apercevait que le bâtiment avait dû être assez vaste.
« Ce doit être Romégeas », se dit-elle, se souvenant qu’on lui avait parlé de cette ferme,
détruite par un incendie bien des années auparavant. Certaines mauvaises langues avaient
laissé entendre que l’incendie n’était pas vraiment accidentel. Quoiqu’il en fût, c’était une
histoire ancienne, et plus personne n’était revenu habiter en ce lieu.
Sophie appela son chien, qui ne se montrait toujours pas, et tenta de se frayer un
passage dans ce dédale de décombres et de végétation dense. Soudain, elle eut un
sentiment de déjà-vu. Cet endroit ne lui était pas inconnu. Pourtant, elle ne se souvenait
pas d'avoir fait le chemin. Enfin elle perçut un mouvement, entre les feuilles. Elle vit le
chien, et près de lui se tenait un vieil homme. Il était vêtu comme les paysans locaux, d'un
vieux pantalon de couleur indéfinissable, d'une chemise à carreaux et d'une casquette
plate.
- Bonjour Monsieur, dit-elle.
Le vieux se tourna vers elle. Elle fut frappée par ses yeux d'un bleu très clair, et les
rides creusées dans ses joues brunes et maigres. Elle eut la certitude d'avoir déjà rencontré
cet homme quelque part.
- Vous venez du village ? demanda l'homme.
- Oui. Vous aussi ?
- Non, dit l'homme. J'habite ici.
Sophie fut étonnée, car elle croyait que la ferme était en ruines. Mais elle garda pour
elle ses interrogations. Peut-être une partie du bâtiment avait-il résisté aux flammes, peutêtre
était-il encore habitable.
- Où allez-vous ? dit l'homme.
- Je monte au col, et puis je retourne au village en passant derrière la montagne.
- N'y allez pas, dit l'homme. C'est dangereux.
4
- Pourquoi ?
Le vieux ne répondit pas, et disparut derrière les buissons.
Sophie, perplexe, appela son chien, tout en continuant son chemin. Mais la chaleur
étant devenue très forte, elle décida de faire une pause. Elle s'assit sous un petit chêne,
but à sa bouteille, et ferma un instant les yeux. Quand elle les rouvrit, à sa grande surprise
le soleil était déjà très haut, trop haut, le sentier de montagne exposé au soleil serait un
vrai cauchemar. Elle décida de rebrousser chemin.
Plus tard, dans l'après-midi, elle buvait une citronnade avec son amie Janine
sous les vieux tilleuls de sa maison. Elle demanda :
- C'est vrai que c'est dangereux de passer par le col ?
- Pas du tout, dit Janine, le sentier se rétrécit beaucoup et le passage est encombré
de blocs de rocher, mais on arrive à passer sans difficulté.
- Sais-tu qui est ce vieux qui habite Romégeas ?
- Il n' y a personne à Romégeas, dit Janine. Depuis que la ferme a brûlé, plus
personne n'y habite. Ce n'est plus habitable, d'ailleurs, il n'y a que des ruines.
- C'est ce que je croyais aussi. Mais j'y ai rencontré quelqu'un, qui m'a dit y habiter.
- Impossible !
- Mais si, voyons, un vieux avec des yeux bleus ? Pas très grand, assez maigre, les
cheveux blancs et une casquette plate ? J'ai l'impression de l'avoir déjà rencontré.
- Je ne vois pas, dit Janine, il n'y a personne comme ça au village. Tu es sûre que
tu n'as pas rêvé ?
Sophie était sûre jusque-là de n'avoir pas rêvé. Mais maintenant, elle commençait à
en douter. Après tout, elle avait dormi. C'était après la rencontre, pensa-t-elle. Enfin, elle
croyait. Sait-on jamais ? Le sommeil, et surtout les rêves, ça joue parfois des tours…
Bien des années plus tard, la famille était réunie pour les vacances de Noël autour
de Sophie et de sa soeur Geneviève. A elles deux, elles avaient cinq enfants et huit petitsenfants,
tous adultes, sauf la plus jeune, encore adolescente. Un soir, le feu crépitait dans
la cheminée, les uns jouaient au scrabble, d'autres devisaient paisiblement. Les petitsenfants
feuilletaient avec Sophie des albums de vieilles photos en noir et blanc.
5
Soudain, elle s'arrêta sur une page, saisie. Là, dans un groupe de personnes, se tenait
le vieillard rencontré jadis dans la montagne. C'était bien lui, avec ses cheveux blancs, sa
casquette, ses yeux clairs.
- Dis donc, demanda-t-elle à Geneviève. Sais-tu qui est ce vieil homme ? L'autre
regarda longuement la photo.
- Je crois que c'était un ami de notre grand-père, dit-elle. Je ne me rappelle plus son
nom.
- Mais cette photo, elle a été prise quand ?
- Je crois que c'était pendant la guerre, ou juste après, dit la soeur. Il y a une histoire
dans la famille à son sujet. Évidemment, tu ne peux pas t'en souvenir, tu étais trop petite.
Mais c'est lui qui nous a sauvés, pendant la guerre.
- Comment cela ?
- Eh bien, on était avec les parents ici, dans cette maison. Un jour, les Allemands
ont débarqué avec des véhicules blindés, des hommes en armes. Ils devaient plus tard
fusiller des gens qui avaient aidé les maquisards… Notre père en faisait partie. Le grandpère
était dans son champ de lavande, il a vu de loin les Allemands, il est rentré dare-dare
avec son tracteur, et il nous a fait partir juste avant qu'ils n'arrivent, pour nous emmener
dans la montagne, à Romégeas. Nous sommes restés là-bas, jusqu'à ce que les choses se
calment. Ce vieil homme, c'était lui qui tenait la ferme de Romégeas. C'est lui qui nous a
hébergés dans sa ferme, un soir d'été, en 1943.
Certaines impressions de l'enfance nous marquent, sans que nous le sachions. Et
soudain, au détour d'un chemin, un pan de mur, une odeur, un son inattendu, font resurgir
un visage, et cette étrange familiarité avec ce qui n'a jamais été un souvenir.
6
The Mystery of Romégeas
7
Sophie woke up around six. It promised to be a fine day; the air was crisp. The
first rays of sunlight were beginning to illuminate the village perched on the mountainside
opposite. Most of the village was on the south-facing slope, but there were a few
houses on the north-facing side, where Sophie lived. She opted for a quick breakfast.
This, she resolved, would be a good day to undertake what she had been planning to do
since she arrived.
Sophie loved hiking. This summer, like every summer, she was spending her holidays
at the family home in Drôme Provençale. Armed with a map on which she could
make out several unpaved roads and even some narrow footpaths, she planned to go up
to the pass, into the neighbouring valley, hugging the crest-line as far as another pass,
and returning to the village from the other side of the mountain. A good five or six
hours’ walk, but she was in shape…
She prepared her backpack, and set off at a steady pace, accompanied by her labrador;
he would surely find a few streams along the way to cool off.
The northern slope, where she was, was still swathed in shadow. But as she was
heading east, she would soon see the sun emerging from behind the peaks. After some
twenty minutes, she left the road and took a well-maintained track road that led up to a
sheepfold. A quarter of an hour later, the labrador was frolicking in a stream, then wallowing
with delight in the hollow of rock that formed a natural pool. Downhill stood a
stone outhouse, half hidden by an ancient lime tree. Years before, it had been used to
house rabbit hutches, but now it served only to store tools for harvesting lavender. Further
on, Sophie crossed another stream, and – after scrambling up a steep stretch of path
– came first to the ruins of the old hermitage, overgrown with brambles and scrub, then
to the sheep enclosure at Guérindon. The sheep began bleating at her approach, and as
she walked past the building, each seemed to be trying to bleat louder than the others.
From here on, it would be tougher going: she was not only leaving behind the village,
but crossing into uninhabited land.
The track grew harder, with loose earth and stones that gave way underfoot. Thistles
lay in ambush across the path, ready to prick the ankles of the unsuspecting walker.
Recently formed puddles lurked here and there in hollows – remnants of a storm the
previous afternoon. The slope became steeper, the heat brought out the aromas of dewwetted
herbs: thyme, lavender, sage, marjoram. Then the vegetation became sparser: a
8
few stunted oaks and occasional juniper bushes. The buzz of insects grew louder. The
dog snuffled around, investigating the odd tuft of grass, or scrambling up the bank to
follow the trail of some animal. The pass was still not in sight. At every turn, she
thought she had reached it, but the path kept going up and up towards yet another corner.
Suddenly, the dog halted, nose up, sniffing the air intensely, then shot off like an
arrow, vanishing into the undergrowth. Sophie called him back, several times, without
success.
“He must have found something to eat,” Sophie thought, remembering several
malodorous animal carcasses he had brought back as trophies. There was nothing for it
but to go looking for the dog. Sophie strode towards the bushes. Behind the bushes,
more bushes, but also trees growing through stretches of ruined wall; venturing further
in, it became clear that the building must once have been quite large. “This must be Romégeas,”
she thought to herself, recalling that she had been told about this farm, which
had been destroyed by fire many years before. There were rumours, even, that the fire
had not really been an accident. But that was all ancient history now, and no one had
ever returned to lived there.
Sophie called out to her dog, who was still nowhere to be seen, as she picked her
way through the maze of rubble and dense vegetation. Suddenly she had a sense of déjà
vu. This place was not unfamiliar to her, and yet she did not remember having walked
that path before. Suddenly, between the leaves, she spotted movement. There, at last,
was the dog. And next to him stood an old man, dressed in the local country style, in old
trousers of an indefinable colour, a checked shirt and a flat cap.
“Bonjour, Monsieur,” she said.
The old man turned towards her. She was struck by his very light blue eyes, and
the creases in his thin tanned cheeks. She was sure that she had met him somewhere before.
“You from down in the village?” the man asked.
“Yes, I am. And you…?”
“No,” he replied. “I live here.”
Sophie was astonished – she had thought the farm was in ruins. But she kept her questions
9
to herself. Perhaps part of the building had survived the fire; perhaps it was still habitable.
“Where are you going?” said the man.
“Up to the pass, then round the mountain and back down into the village.”
“Don't go,” he said. “It’s dangerous”.
“Why dangerous”?
The old man gave no answer, but walked away into the bushes.
Disconcerted, Sophie called her dog to heel and continued on her way. But the heat
had become oppressive, so she decided to take a break. She sat down under a small oak
tree, drank from her bottle, and closed her eyes for a moment. When she opened them
again, she saw to her surprise that the sun was already very high, too high: in the full glare
of the sun, the mountain path would be a nightmare. She chose to turn back.
Later that afternoon, back at the house, she was drinking lemonade with her friend
Janine in the shade of the old lime trees.
“Is it true that it's dangerous to go through the pass?”
“Not at all,” said Janine, “the path gets quite narrow and is cluttered with boulders,
but you can get through easily enough.”
“Do you know who the old man is that lives at Romégeas?
“There’s no-one at Romégeas. Nobody has lived there ever since the farm burned
down. Besides, nobody could live there; it’s only ruins.
“That's what I thought too. But I met someone up there, and he said he lived there.”
“That's impossible.”
“No, honestly. Come on, you must know who I mean: an old man with blue eyes…
not very tall, rather thin, white hair, flat cap? I get the feeling I’ve already met him
somewhere.”
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Janine shook her head slowly. “There’s no-one like that in the village. Are you sure
you weren't dreaming?
Until then, Sophie had been certain that it was no dream. But now she was
beginning to have doubts. After all, she had fallen asleep. But surely that was only after
meeting the man? Or so she had thought. You never know. Sleep, and especially dreams,
can play tricks on your mind…
Many years later, the family had come together for the Christmas holidays around
Sophie and her sister Geneviève. Between them, they now had five children and eight
grandchildren, all of them adults, except the youngest, who was still in her teens. One
evening, as the log fire crackled away, some of them were playing Scrabble, while others
were chatting quietly. The grandchildren were gathered around Sophie, as she leafed
through albums of old black and white photographs.
Suddenly she stopped at a page and froze. There, amidst a group of people, was the
old man she had met in the mountains so long ago. Yes, it was clearly him, with his white
hair, his cap, and those piercingly light eyes.
“Geneviève…” she called over to her sister. “Do you know who this old man is?”
Her sister took a long look at the photograph. “I think he was one of grandfather’s
friends. I can't remember his name.”
“But when was it taken, that photo?”
“I think it was during the war, or just after. There's a story in the family about him.
You wouldn’t remember, of course; you were too little. But he's the one who saved us,
during the war.”
“Saved us?”
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“Well, we were living here, in this house; you, me, mother, father and grandfather.
One day, the Germans turned up with armoured vehicles, and men with guns, looking for
people who had been helping the Maquis… papa was on the list. Later the Germans would
shoot them. Grandfather was in his lavender field – it was summer – he saw the soldiers
coming from far away, and rushed back here, hurrying us all out of the house just before
they arrived and leading us up into the mountains, to Romégeas. We stayed there until
things calmed down.
“The old man, he was the one who ran the farm at Romégeas. The one that took us
in, on his farm, that day in 1943.”
Childhood impressions can leave their mark without us knowing it. And suddenly, at a
turn in the path, a stretch of wall, a smell, or an unexpected sound will bring to mind a
face, and that strange familiarity with something unremembered, yet unforgotten.
12
El misterio de Romégeas
13
Sophie despertó cerca de las seis. Hacía buen tiempo, se respiraba un aire fresco y
puro. Los primeros rayos del sol comenzaban a iluminar el pueblo que se situaba en la
ladera opuesta de la montaña. La mayor parte se encontraba en la solana, pero había
algunas casas en la umbría, como la de Sophie. Decidió desayunar de prisa y realizar ese
mismo día el proyecto que tenía en mente desde su llegada.
A Sophie le encantaban las caminatas. Pasaba sus vacaciones —como cada
verano— en una casa de familia situada en la Drôme provenzal. Llevaba un mapa en el
cual figuraban varios caminos de tierra e incluso, con líneas punteadas, algunos senderos
estrechos; quería subir hasta un paso, cruzar al otro lado y bordear la cima hasta un
segundo paso para volver al pueblo rodeando la montaña. Tardaría unas cinco o seis horas,
pero estaba entrenada...
Preparó su mochila y salió a paso firme, acompañada por su perro, un labrador que
seguramente encontraría algunos arroyos donde refrescarse durante el trayecto.
La ladera de umbría —donde se encontraba— aún estaba inmersa en la sombra.
Pero, como se dirigía hacia el este, no tardaría en ver surgir el sol de las cumbres. Al cabo
de veinte minutos, se desvió hacia un camino de tierra bien delimitado que ascendía hasta
desembocar en una majada. Quince minutos más tarde, el labrador jugueteaba en un
arroyo y se recostaba extasiado en el hueco de una roca que formaba una fuente natural.
Más abajo, podía divisarse una pequeña cabaña parcialmente escondida detrás de un tilo
centenario. En otro tiempo, se habían criado conejos en aquel lugar. Desde hacía ya varios
años, solo servía para guardar las herramientas del cultivo de la lavanda. Más adelante,
Sophie atravesó otro arroyo y, después de recorrer un trecho muy empinado del camino,
divisó primero las ruinas de la antigua ermita, invadida por zarzas y matorrales, y luego
la majada de Guérindon. Todo el rebaño se puso a balar a más no poder cuando pasó a un
lado de la construcción. Luego, las cosas comenzaron a ponerse serias. No solo se alejaba
de la comuna, sino también de los límites de todo territorio habitado.
El camino se tornaba más difícil, la tierra estaba más blanda y las piedras se
desprendían a su paso. Las carlinas tendían emboscadas en medio del camino, listas para
pinchar los tobillos de los caminantes desprevenidos. En algunos huecos húmedos
subsistía a veces algún charco reciente —había habido una fuerte tormenta el día anterior
a últimas horas de la tarde. La cuesta se volvía más empinada y el calor hacía surgir
nuevamente el perfume de las plantas aromáticas empapadas de rocío: tomillo, lavanda,
salvia, mejorana. Luego, la vegetación comenzó a escasear: solo se veían algunos robles
enclenques y enebros. Los insectos empezaban a zumbar. El perro husmeaba, olía una
14
que otra brizna de hierba, subía al talud para ir tras la pista de un animal. El paso aún no
estaba a la vista. Al llegar a una curva, creía haberlo alcanzado, pero el camino continuaba,
seguía subiendo y giraba de nuevo. De repente, el labrador se detuvo, levantó la nariz,
oleó el aire profundamente, y luego salió como una flecha y desapareció entre unos
arbustos. Sophie lo llamó, varias veces, en vano.
«Debe haber encontrado algo para comer», pensó Sophie, recordando las carcasas
de animales muertos, malolientes presas de caza. Se resignó entonces a ir en busca de su
perro, de modo que se dirigió hacia los arbustos. En realidad no se trataba solo de arbustos;
también había árboles que surgían de entre restos de muros en ruinas; y, al adentrarse,
podía verse que la construcción debía haber sido bastante amplia. «Debe ser Romégeas»,
se dijo al recordar que alguien le había hablado alguna vez de esa granja; el lugar había
sido destruido mucho tiempo atrás. Ciertos rumores habían querido dar a entender que el
incendio no había sido realmente accidental. En cualquier caso, se trataba de una vieja
historia, y ya nadie había vuelto a vivir en aquel lugar.
Sophie llamó a su perro, que aún no aparecía, e intentó abrirse paso a través de
semejante laberinto de escombros y abultada vegetación. De pronto, tuvo la sensación de
que ya había estado allí. Ese lugar no le era desconocido. Sin embargo, no recordaba
haber tomado aquel camino antes. De pronto, algo se movió entre las hojas. Reconoció a
su perro y vio que a su lado se encontraba un anciano. Estaba vestido como los paisanos
del pueblo, con un viejo pantalón de un color imposible de definir, una camisa a cuadros
y una gorra chata.
—Buenos días, señor —dijo Sophie.
El anciano se volvió en su dirección. Sus ojos celestes la impactaron, así como las
profundas arrugas que poblaban sus marrones y delgadas mejillas. Estaba segura de que
ya había visto a ese hombre en algún lado.
—¿Viene del pueblo? —preguntó el hombre.
—Sí. ¿Usted también?
—No —dijo el hombre—. Vivo aquí.
Sophie estaba sorprendida, porque creía que la granja estaba en ruinas. Pero no
quiso hacer más preguntas. Tal vez una parte de la construcción se había salvado de las
llamas, a lo mejor aún se podía vivir en aquel sitio.
—¿Adónde va? —dijo el hombre.
—Subo hasta el paso, y luego vuelvo al pueblo rodeando la montaña.
—No vaya —dijo el hombre—. Es peligroso.
—¿Por qué?
15
El anciano no respondió, y desapareció detrás de los arbustos.
Perpleja, Sophie llamó a su perro mientras continuaba su camino. Pero el calor se
había vuelto muy intenso, así que decidió hacer una pausa. Se sentó bajo un pequeño
roble, bebió agua de su botella y cerró los ojos un instante. Cuando volvió a abrirlos, notó
sorprendida que el sol estaba ya muy alto, demasiado alto para emprender el sendero de
montaña, el calor a esa hora sería una verdadera pesadilla. Decidió regresar.
Horas después, por la tarde, compartía una limonada con su amiga Janine bajo los
viejos tilos de su casa. Le preguntó:
—¿Es verdad que es peligroso atravesar el paso de montaña?
—Para nada —dijo Janine—, el sendero se hace cada vez más estrecho y hay
pedazos de rocas en el camino, pero se puede pasar sin problemas.
—¿Sabes quién es ese viejo que vive en Romégeas?
—No hay nadie en Romégeas —dijo Janine—. Desde que se quemó la granja, ya
no vive nadie ahí. Además, el lugar ya no es habitable, solo quedan algunas ruinas.
—Es lo que pensé. Pero me encontré con alguien que me dijo que vivía ahí.
—¡No puede ser!
—Sí, en serio, a ver... ¿un viejo de ojos celestes? ¿No muy alto, bastante delgado,
con el pelo canoso y una gorra chata? Me da la impresión de que ya lo había visto antes.
—No sé quién puede ser —dijo Janine—, no me recuerda a nadie del pueblo. ¿Estás
segura de que no lo soñaste?
Hasta entonces, Sophie estaba segura de que no lo había soñado. Pero ahora
empezaba a tener dudas. Al fin y al cabo, se había quedado dormida. Pero eso fue después
de ver al anciano, pensó. En fin, eso es lo que creía. ¿Cómo podría estar segura? Cuando
dormimos a veces nos despertamos confundidos, sobre todo si soñamos.
Muchos años más tarde, Sophie y su hermana Geneviève se reunieron junto a toda
la familia para las vacaciones de Navidad. Entre las dos, tenían cinco hijos y ocho nietos,
todos adultos, excepto la más chica que aún era una adolescente. Una noche, mientras el
fuego crepitaba en el hogar, algunos jugaban al Scrabble, otros conversaban
apaciblemente; los nietos y Sophie hojeaban álbumes con viejas fotos en blanco y negro.
De pronto, se detuvo en una página, perpleja. Junto a un grupo de personas, podía
16
verse al anciano que había visto en la montaña muchos años atrás. Era él, no quedaban
dudas: el pelo canoso, la gorra, los ojos claros.
—Oye —le dijo a Geneviève—. ¿Sabes quién es ese anciano? Su hermana miró la
foto detenidamente.
—Creo que era un amigo de nuestro abuelo —respondió—. Ya no recuerdo su
nombre.
—¿De qué año es esta foto?
—Creo que debe ser durante la guerra, o poco después —dijo su hermana—. Hay
una historia de nuestra familia con esa persona. Por supuesto, no puedes acordarte de eso
porque eras muy pequeña. Pero fue él quien nos salvó durante la guerra.
—¿De qué hablas?
—Claro. Estábamos con papá y mamá, aquí, en esta casa. Un día, aparecieron los
alemanes con vehículos blindados y hombres armados. Habían venido para fusilar a todo
aquel que hubiera ayudado a los maquis... Y entre esas personas se encontraba nuestro
padre. Mientras trabajaba en su campo de lavanda, el anciano divisó a los alemanes a lo
lejos y, antes de que llegaran, acudió a toda prisa en su tractor y nos llevó a la montaña, a
Romégeas. Nos quedamos allí hasta que las cosas se calmaron. Ese anciano era el dueño
de la granja de Romégeas. Fue él quien nos dio refugio en su granja una noche de verano
de 1943.
Algunas impresiones de la infancia nos marcan, sin que nos demos cuenta. Y de
repente, a un costado del camino, un trozo de muro, un olor, un sonido inesperado hace
resurgir un rostro, y esa extraña familiaridad con lo que nunca fue un recuerdo.

A paraître envoyé par le 23/12/2020 @ 12:43
A paraître dans Topique : le blasphème: instrument politique ou question religieuse?


A paraître dans Topique: Etre accueilli par un psychanalyste âgé

A paraître envoyé par Michèle Bertrand le 11/12/2020 @ 09:58
à paraître dans l'International Journal of Psychoanalysis: Francis Pasche

A paraître dans Topique: Etre accueilli par un psychanalyste âgé

parution d'article envoyé par Michèle Bertrand le 07/02/2019 @ 12:25
Vient de paraître:

revue Topique N° 144:
reconnaître les dommages liés à la souffrance psychique

Dans ce numéro, un article de Michèle Bertrand : évaluer les dommages psychiques (p 7-13)

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